En bref...
Mercredi 21 Fevrier 2007, 16:41 GMT+2Par JohannaandthecityCet article a été lu 9 fois
Semaine de la Francophonie : "La richesse du français n'est-elle pas dans le grand nombre de voyelles qu'elle possède? N'est-elle pas une langue en apparence "plane", mais où "le timbre", comme dans la musique de Debussy ou de Ravel, joue un rôle primordial?" (Henri Bianciotti, Extrait de son discours de réception à l'Académie française, 23 janvier 1993).
Si vous êtes vous aussi, une amoureuse de la langue française et de la culture francophone, rendez-vous à la 12è Semaine de la francophonie, du 10 au 20 mars prochain. Renseignements sur www.semaine-francophonie.culture.fr
La guerre oubliée : Si comme moi, vous êtes bouleversée par le conflit en Tchétchénie et êtes révoltée par sa mise sous silence par l'ensemble des média français, rendez-vous sur le site www.babelcaucase.com
Une caravane d'artistes français partira en effet, mi-avril, en Tchétchénie. Rejoints à Grozny par Jane Birkin, le groupe Lo'jo et quelques autres prévoient sur place trois jours de spectacles gratuits. Dans leur besace, des instruments de musique et des jeux de fête foraine qu'ils distribueront. Il reste de la place dans le camion pour des accordéons, trompettes et guitares...
Pour faire un don : marcho@marcho.net
Pour rappel :
Combien de morts dans la population civile en dix ans de guerre ? Au moins 100 000, au plus 300 000, selon les estimations des ONG. Soit un civil sur dix ou sur quatre. Combien de votants aux élections de novembre 2005 ? Entre 60 % et 80 %, selon les autorités russes, 20 %, estiment les témoins indépendants. Le black-out qui règne sur cette parcelle de Caucase interdit toute évaluation chiffrée des ravages d’un conflit que chacun sait impitoyable.
La censure ne masque pas l’horreur. La capitale (Grozny, 400 000 habitants) a été rasée pour la première fois depuis 1944 quand Hitler punit Varsovie. L’étiquette "lutte antiterroriste" ne saurait coiffer une telle inhumanité. L’état-major russe prétend lutter contre une poignée de terroristes qu’il chiffre entre 700 et 2 000 combattants. Qu’aurions-nous dit si le gouvernement anglais avait bombardé Belfast ou le gouvernement espagnol Bilbao, sous prétexte de réduire l’IRA ou l’ETA ? Le sac de Grozny, des villes et des villages de Tchétchénie, se repaît du silence mondial. Les femmes, les enfants, tous les civils tchétchènes sont-ils moins dignes de respect que le reste de l’humanité ? Sont-ils encore considérés comme des êtres humains ?
Rien n’excuse notre planétaire silence.
1. Il en va de notre morale la plus élémentaire. Comment accepter le viol des filles enlevées par les troupes d’occupation ou leurs milices ? Pourquoi supporter le meurtre des enfants et le rapt des garçons, torturés, brisés et revendus, vivants ou morts, à leur famille ? Et les camps de "filtration" ? Et les "fagots humains" incendiés ? Et les villages décimés pour l’exemple ? Quelques ONG et journalistes courageux, russes ou occidentaux, témoignent des forfaits innombrables. Nous ne pourrons pas dire : "Nous ne savions pas."
2. Il en va du principe fondamental des démocraties et des Etats civilisés : le droit à la vie des civils, la protection due à l’innocent, à la veuve et à l’orphelin. Les accords internationaux et la Charte de l’ONU obligent.
3. Il en va de la lutte antiterroriste elle-même. Qui ne s’aperçoit que l’armée russe joue les pompiers pyromanes ? Au bout de dix années de répression à grande échelle, le feu, loin de s’éteindre, s’étend, franchit les frontières, embrase le nord du Caucase et ensauvage les combattants.
4. Il en va du réalisme politique et du bon sens. Allons-nous longtemps ignorer que, brandissant l’épouvantail du "terrorisme tchétchène", le gouvernement russe supprime les libertés acquises à la chute de l’empire soviétique ? Reprise en main des mass media, lois contre les ONG, renforcement de la "verticale du pouvoir" : la guerre camoufle et motive le rétablissement d’un pouvoir central sans contre-pouvoirs qui le limitent. Autrement dit, elle couvre le retour à l’autocratie. Les guerres de Tchétchénie durent depuis trois cents ans. Elles furent sauvagement coloniales sous les tsars, quasi génocidaires sous Staline, qui déporta l’entière population, dont un tiers périt dans le seul transfert au Goulag. Aujourd’hui, il s’agit, eu égard à la proportion des morts et à la cruauté des moyens, du pire conflit inaugurant le XXIe siècle. Parce que nous rejetons les aventures coloniales et exterminatrices, parce que nous aimons la culture russe et que nous croyons la Russie capable de s’épanouir dans un avenir démocratique, parce que nous estimons que le terrorisme doit être condamné, qu’il soit le fait de groupes sans Etat ou d’armées avec Etat, nous demandons que la question tchétchène ne soit plus couverte d’un mutisme complaisant. Nous devons aider les autorités russes à sortir du piège où elles sombrent aux risques et périls des Tchétchènes, des Russes et des nôtres. Il nous paraîtrait inconcevable qu’au prochain G8, réuni en juin (en Russie), la "question tchétchène" soit évacuée d’office et ne fasse pas l’objet de discussions publiques. Au-delà de nos divergences quant à l’indépendance ou non de la Tchétchénie, nous sommes tous concernés par l’épouvante d’une guerre sans fin.
Signé par André Glucksmann (France), Vaclav Havel (République tchèque), prince Hassan Bin Talal (Jordanie), Frederik Willem De Klerk (Afrique du Sud), Mary Robinson (Irlande), Yohei Sasakawa (Japon), Karel Schwarzenberg (République tchèque), George Soros (Etats-Unis), Desmond Tutu (Afrique du Sud)
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