O Teulé!

Natif de Béziers, Henri-Albert Cornuty habitait la ferme de ses parents quand son oncle lui offrit pour son quinzième anniversaire les "Poèmes saturniens" de Paul Verlaine. Cette lecture le troubla si fort que, sans prévenir qui que ce soit, il partit pour Paris rencontrer son idole. Il fit la route à pied et rencontra Verlaine au premier jour de l’automne 1895. Il ne le quitta plus jusqu’à sa mort trois mois plus tard.
Les derniers mois de la vie de Verlaine : alcoolique grandiose, amant frénétique et désordonné, bigame maltraité par ses deux compagnes, il tituba jusqu’au tombeau entre l’ignominie et le sublime…
La vie de Verlaine fut extravagante mais les derniers mois de sa vie touchèrent au surréalisme. Il n’avait que cinquante et un ans, perclus de maux : syphilis, altération sanguine, diabète, souffle au cœur, cirrhose du foie, erysypèle infectieux, hydarthrose, pneumonie (il fallut ajouter une seconde pancarte au pied de son lit d’hôpital pour en dresser la liste complète). Et c’est au moment où il ne lui restait qu’une poignée d’admirateurs inconditionnels (dont le préfet Lépine qui interdit aux policiers du Quartier latin d’arrêter Verlaine quelles que soient ses frasques), au moment de la pire déchéance matérielle et morale, au moment où les gloires de l’époque l’accablaient de leur mépris, qu’une vague de sympathie naquit chez les étudiants qui, en quelques mois, en firent leur idole. Ils aimaient sa liberté de ton, la force de ses anathèmes, le désordre de sa vie, le génie de sa poésie. Ils se battaient pour l’écouter dans les cabarets, étripaient les mauvais esprits qui ne partageaient pas leur passion, encombraient sa chambre d’hôpital pour l’écouter déclamer et lui assurèrent à sa mort des funérailles grandioses. Ce jour-là, le Destin poussa la générosité jusqu’à faire tomber le bras de la Poésie après que le corbillard fut passé sous la statue de Carpeaux qui orne la façade de l’Opéra.
Tous les faits sont exacts. Le reste est inventé.
Un pur moment de bonheur, rempli d'amour, de mélancolie et d'admiration. Jean Teulé nous décrit toutes ces émotions avec une légèreté et une écriture limpide. Un pur bonheur.
J'ajouterai que j'ai la joie de rencontrer l'auteur à maintes reprises : c'est un homme délicieux, très proche de ses lecteurs, toujours souriant aux antipodes de certains "auteurs-stars" qui ne vous regarde pas. Et j'avoue que ça m'a poussée à lire à ses livres.
Ne manquez pas les illustrations de Teulé qui sont aussi belles que l'est son écriture.
Ne ratez pas cette auteur!
"O Verlaine" - de Jean Teulé - Ed. Julliard - 20,90 euros
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Par Johannaandthecity, Lundi 23 Avr 2007 à 11:42 GMT+2 dans Mes petites lectures... (article, RSS)






